Russie : Moscou
A l’approche de Moscou, l’urbanisation reprend ses droits. Les routes ne sont pas plus larges ni en meilleur état mais nous voyons à nouveau de grands ensembles d’immeubles. Puis, c’est au tour d’immenses zones commerciales où s’étalent les noms d’enseignes parfois bien connues chez nous d’ailleurs, preuve s’il en est que le capitalisme libéral à rattraper son retard au pays des soviets.
Notre première approche de la capitale russe se fait de nuit. En effet, pour éviter des probables bouchons nous avons opté pour une arrivée très tardive. Du coup nous n’avons aucune difficulté à accéder au centre ville et même à se garer à 50m de la place Rouge. Malgré l’heure tardive, nous ne résistons à y faire un petit tour histoire d’apercevoir les murs du Kremlin et la cathédrale de Basile le bienheureux.
Nous constatons que la place Rouge est en grande partie inaccessible car grillagée. Renseignements pris, c’est pour les manifestations liées à la fête nationale deux jours plus tard. Nous trouvons un emplacement pour dormir pas très loin du tristement célèbre Loubianka, le bâtiment qui abritait le KGB.
Le jour levé, nous repartons vers la place Rouge. Celle-ci nous étant interdite, nous arpentons les alentours. D’un côté se dresse le Kremlin qui est aussi partiellement fermé en raison de la fête nationale, de l’autre un bâtiment majestueux : Le GOUM. Depuis 1812 il abrite une galerie marchande (avec quand même une transformation en bureaux du gouvernement entre les deux guerres). Les commerces s’y trouvant sont aujourd’hui on ne peut plus chics.
Sur un autre côté se dresse la très photogénique cathédrale de Basile le Bienheureux. Elle ressemble elle aussi au château bonbon. Nous nous sommes habitués aux clochers à bulbes colorés mais ceux là sortent quand même du lot. Yohan est sous le charme et commence à dessiner partout des dômes de toutes les couleurs. Si l’extérieur étonne, l’intérieur aussi. En effet, il est composé d’une dizaine de chapelles reliées par des couloirs bas de plafond, formant une sorte de labyrinthe. Elles ne sont pas très grandes, certaines ne faisant pas plus de 20m². Du coup, nous préférons l’extérieur.
Enfin, sur le dernier côté se trouve le musée d’histoire d’état, la cathédrale de Kazan et la porte de la résurrection. Ces deux dernières ont été reconstruites récemment car elles avaient été détruites au temps de Staline au motif qu’elles gênaient le passage des chars lors de défilés militaires !!
Une autre cathédrale (et cette fois de taille vraiment conséquente) fit les frais de Staline. Celle du Christ St Sauveur. Cette fois en raison de ce qu’elle représentait pour l’histoire nationale (elle avait été construite après la victoire de la Russie sur Napoléon 1er et témoignait de la Russie impériale). A la place, Staline voulait construire un immense palais des soviets de 400m de haut. Le projet ne vit jamais le jour et la cathédrale fut reconstruite à l’identique en 1998. Sobre extérieurement, elle se rattrape à l’intérieur avec ses 27000m² de fresques.
Il reste cependant des bâtiments (au nombre de sept, appelés les sept sœurs) de l’époque Stalinienne qui devaient asseoir la puissance de d’état. Imposants, gothiques, on ne peut pas les rater et leur esthétisme est facilement reconnaissable aussi. Certains sont maintenant assez laids mais d’autres comme l’université ont plutôt bien vieillis.
Du coup l’alternance de style peut être à chaque coin de rue. Aux grands ensembles du constructivisme répondent de petites églises colorées. Il y en a vraiment beaucoup, parfois en bon état, parfois non. Nous visitons les plus connues en alternant avec des séances de lecture à l’institut français.
La ville est traversée par la Moskva qui coule paisiblement en formant des méandres. A partir du centre et sur près de dix kilomètres, les berges sont aménagées pour la balade passant à côté de parcs et de forêts. L’endroit est vraiment agréable et il y a foule en soirée. Les gens s’adonnent au ping-pong, beach volley, skate, mais c’est la danse de salon (pratiquée en plein air) qui remporte le plus de succès surtout auprès des jeunes. Il y a peut être un lien avec le nombre incroyable de mariages que nous voyons. L’expression « à tous les coins de rue » est fort à propos. Du coup le traditionnel cadenas accroché à un pont se conjugue ici en arbres à cadenas.
Un peu à l’écart du centre, nous visitons le monastère Novodevitchi. Ce lieu est célèbre pour avoir abrité bon nombres de femmes de la famille royale qui étaient en disgrâce (femmes répudiées…). Ce qui frappe immédiatement c’est le calme qui y règne, les murs d’enceinte offrant un rempart formidable au brouhaha de la ville. De plus, situé près d’un plan d’eau, le lieu n’est pas loin d’être idyllique.
Contiguë au monastère s’étend le cimetière de Novodevitchi qui est un peu ce que le père Lachaise est à Paris. Nous y voyons donc des tombes de personnages qui ont marqué l’histoire du pays et même au delà comme Persianinov qui inventa la couveuse pour les prématurés. En revanche, les personnages les plus marquants ne s’y trouvent pas. Nous avons pu les voir à la nécropole du Kremlin qui se trouve en réalité sur la place rouge, au pied des remparts. Parmi eux des hommes politiques comme Staline ou Brejnev, des généraux de l’armée rouge et des civils comme Gagarine ou Gorki. Et devant tout ce monde, trône le mausolée de Lénine qui abrite la dépouille de celui qui est considéré comme le père de la révolution .
Les festivités étant passées, le Kremlin nous est à nouveau ouvert …presque en totalité. Abritant les appartements du président Poutine, certains secteurs sont en permanence inaccessibles aux nombreux touristes. Mais ce qui reste à voir suffit à notre bonheur. D’abord les 2,2km de remparts sont comme neufs et en imposent avec les nombreuses tours et les abords soigneusement aménagés.
Ensuite nous trouvons deux pièces assez extraordinaires. Un canon de 40t dont le diamètre du tube est plus grand que Mia. Et une cloche de 200t qui n’a jamais servie. Un peu après sa fonte, un incendie se déclara et l’eau utilisée pour l’éteindre provoqua des fissures suite aux chocs thermiques. Du coup un morceau de 11t s’en détacha.
Nous voyons ensuite les nombreuses églises et cathédrales regroupées autour d’une place, en particulier celle de l’Assomption où les rois se faisaient sacrer. Nous assistons par la même occasion à une relève de garde qui, comme à St Petersbourg, fait plus spectacle que réel remplacement de gardes en faction.
Enfin, nous allons visiter le musée des armureries qui comme son nom ne l’indique pas, contient des collections d’objets ayant appartenues au tsars : Certes quelques armures, mais surtout des habits de couronnement, les couronnes, des carrosses qui ont bien plu au enfants, des services à vaisselle d’un autre temps et des objets divers et variés comme les fameux œufs de la maison Fabergé qui sont aussi magnifiques et précieux que sophistiqués.
Après une semaine passée dans la capitale russe, nous reprenons la route. Nous gardons un souvenir fort de l’ensemble que constitue le Kremlin et la place Rouge. Nous nous sommes vraiment dit « tu te rends compte, nous sommes sur la place Rouge ». Peut être parce que nous avons grandi avec le fait qu’elle fut difficilement accessible pendant des décennies. Peut être aussi parce que je revoyais des photos prises par mon père près de trente ans en arrière. Valé aurait pu rester des heures devant l’église de Basile le bienheureux, captivée par la couleur de ses dômes. Si la ville est grande, nous ne l’avons pas trouvé saturée, loin de là. En revanche, elle bouge. Un quartier type la Défense voit des gratte-ciels pousser comme des champignons, et sa physionomie est bien loin de refléter celle du reste du pays. Ici encore plus qu’à St Petersbourg, le nombre de 4x4 de luxe dans les rues est impressionnant, contrastant énormément avec les villes traversées pour venir.